Il faut attendre, semble-t-il, la date de 1615 pour pouvoir observer un spécimen de construction rurale qui, bien que non populaire, puisse témoigner de systèmes constructifs ordinaires. Il s'agit d'une grange de ferme seigneuriale.
Cette
construction présente une façade en pan de bois adoptant pour
la première fois, à notre connaissance, un principe qui sera par
la suite caractéristique des bâtiments flamands. Son pan de bois
est constitué de poteaux verticaux contreventés par des décharges
qui viennent s'assembler à mi-bois avec eux, sans les interrompre, comme
on l'observe dans tout le reste des régions françaises.
On observera ce principe dans tous les bâtiments construits
en régions flamingantes. Le fait que les décharges obliques soient
le plus souvent assemblées par l'intérieur du bâtiment,
et recouverts de torchis, explique que ces dispositifs soient très peu
apparents et jamais décrits.
Le pan de bois de la région Nord-Pas de Calais n'est pour ainsi dire jamais un pan de bois décoratif, comme il peut l'être en Picardie ou en Normandie. Il est constitué de potelets verticaux contreventés par des décharges obliques, et comme ceux-ci sont presque toujours destinés à être recouverts, les bois de colombage sont le plus souvent sommairement équarris.
Le pan de bois artésien, très proche du pan de bois picard simple, se différencie du pan de bois flamand par l'interruption des potelets du fait du passage des décharges qui les coupent.
Pour le reste, la construction en pan de bois est un dispositif modulaire préfabriqué, caractérisé par l'existence de travées constituant les modules, que matérialise la répétition des poutres assemblées dans des poteaux de section plus importante. Certaines travées sont séparées par des refends cloisonnés en pan de bois, appelés traxanes dans la vallée de la Canche.
Les modules de base dans la construction flamande et artésienne sont constitués par des poutres écartées d'environ 2,50 mètres, emmanchées par tenon traversant ou enfourchement dans les poteaux, et répondant à deux fonctions : d'une part celle de soutenir le plancher par l'intermédiaire du réseau de solives, disposées parallèlement à la façade, d'autre part celle d'assurer la triangulation basse des fermes du comble (une poutre sur deux joue le rôle d'entrait, et quatre à cinq mètres séparent les fermes entre elles).

Un autre dispositif, très significatif, nous est fourni par une région marquée par l'archaïsme de ses constructions en bois, l'Ardrésis. Cette enclave, offre encore aujourd'hui des maisons présentant des types bien précis de dispositions dont on sait qu'elles ont existé anciennement dans d'autres régions. Il est vrai qu'elle se trouve à proximité du Boulonnais et de ses ressources forestières.
Nous aborderons tout d'abord le dispositif de la poutraison. Dans ces maisons disposées en longueur, aux proportions identiques à toutes celles des maisons de bois et de terre du nord de la France, les planchers sont constitués, non par un solivage parallèle à la façade reposant sur un réseau lâche de fortes poutres, mais par une poutraison rapprochée (environ 0,90 mètre d'intervalle), disposée perpendiculairement à l'axe du bâtiment.
Un indice infaillible pour l'observateur de ce dispositif curieux réside dans l'alignement des tenons traversants en façade, beaucoup plus rapprochés que dans le système classique décrit plus haut. On note que de semblables dispositifs sont observés sur de rares maisons médiévales de Rouen (XIVe siècle).
Une
autre disposition nous amène à décrire les rarissimes cheminées
de bois et de torchis que connaît encore - pour combien de temps ? - l'Ardrésis.
C'est dans le village de Bouquehaut (Pas-de-Calais) qu'a pu être observé
un magnifique spécimen de cheminée de bois, malheureusement détruit
depuis.
Sur des jambages et un contrecur en moellons montés
à la terre et associés à un four à pain, vient prendre
place un bâti en bois ou cayelle (chaise, en picard) assemblé à
mi-bois. Des perches en branches de noisetier forment le conduit ; elle viennent
s'emmancher sous le faîte du toit dans une seconde cayelle, tandis que
des coins de bois viennent, comme dans le cas d'un manche de marteau, bloquer
l'assemblage. Une troisième cayelle est enfilée ensuite par le
haut, pour renforcer les perches. La souche extérieure de la cheminée,
ou buho, constituée de briques de terre cuite, repose sur la cayelle
supérieure. Un lattage de noisetier lié aux perches supporte un
torchis qui recouvre la souche à l'intérieur comme à l'extérieur
et lui évite de prendre feu.
L'examen des bois (de l'orme pour les cayelles) montre toutefois
qu'ils ont bien noirci à travers la pellicule de terre. Cette construction
- d'une datation difficile - était toutefois encore bien stable au moment
de sa destruction, malgré la mauvaise réputation attachée
aux cheminées en bois. En effet, certains textes du XVIIIe siècle,
dénoncent déjà leur utilisation en Picardie, considérée
comme caricaturalement vétuste.
Source : L'architecture rurale française
- la manufacture (ISBN 2-7377-0111.2)