LES MOINES ET L'AGRICULTURE

 

Qui pourrait imaginer que le haricot a trouvé sa place dans le célèbre cassoulet du sud-ouest grâce à un religieux italien ? Et pourtant, c'est en effet en 1528, à Rome, que le chanoine Piero Valerio entre en possession de grosses graines en forme de rognon, données par le pape Clément VII, qui les avait lui-même reçues des Indes occidentales. Le religieux note alors scrupuleusement le processus de germination et les résultats enthousiasmants de sa prolifération. Quand Catherine de Médicis épouse Henri II, le chanoine dépose dans sa corbeille de mariée ces précieux haricots. Ils passeront alors la frontière avec elle et trouveront rapidement leur place dans le cassoulet du sud-ouest.

De tout temps, l'empreinte des moines sur le monde agricole s'est inscrite. Les premiers monastères sont fondés en Gaule au IVe siècle. Les monastères constituent un véritable enjeu politique. C'est un moyen pour le pouvoir, qu'il soit royal, seigneurial ou plus rarement ecclésiastique, d'affirmer sa puissance et d'entériner l'autorité laïque par le peuplement de régions le plus souvent inhabitées.

Le XIe siècle correspondra à une éclosion prolifique de ces monastères, les moines réintègrent le travail manuel comme une valeur essentielle. La communauté doit alors vivre en autarcie et assurer son autosuffisance. Ils se tournent donc vers l'agriculture.

L'augmentation de la population nécessite également d'augmenter les surfaces à cultiver. Au Vllème et Vllle siècle, des moines irlandais, conduits par saint Algis, évangélisent la Thiérache. Pendant l'époque carolingienne, les premières abbayes y sont construites avec d'importants défrichements, on doit également à des moines bénédictins les grands travaux d'assèchement des marais de Saint-0mer, drainés au IXe siècle.

Bénéficiant de dons importants, qui les dotent de terres ou de moyens nécessaires pour les acquérir, les Cisterciens vont alors privilégier la valorisation directe de leur domaine. Disposant d'une main d'œuvre gratuite, ils recourent à des techniques modernes qui leur assurent des rendements bien supérieurs aux autres exploitations de l'époque. Les domaines des abbayes s'étendent alors souvent sur plus de 10 000 hectares et le nombre de personnes qui y vivent ne fait que croître. Ils cultivent le blé qu'ils transforment en pain, exploitent des vignes et transforment le lait de leurs vaches en fromages.

Mais les moines ont surtout apporté beaucoup à l'agriculture parce qu'ils étaient les seuls à bénéficier d'une éducation. En sachant lire et écrire, leurs expériences peuvent donc entrer dans la mémoire collective et être transmises aux générations suivantes. D'autant plus que les fondations des abbayes s'effectuaient principalement par essaimage. C'est à dire que des moines issus d'une communauté migraient pour s'installer dans un nouveau lieu, emportant avec eux un savoir-faire déjà éprouvé. C'est notamment ce qui a contribué à entériner la longue tradition fromagère des moines. A l'origine produit pour leur propre consommation, il est ensuite commercialisé pour subvenir aux besoins du monastère. Aujourd'hui de nombreux monastères ont abandonné cette production, mais ils en reste encore deux dans la région : l'abbaye du Mont des Cats et celle de Belval.

Sept moines de l'abbaye du Gard, en Picardie, sont à l'origine de la création de l'abbaye Ste-Marie-du-Mont, au sommet du Monts-des-Cats, en 1826. Si à l'origine une brasserie se trouvé dans le monastère en 1848, la date de la création de la fromagerie est plus difficile à déterminer. Des écrits montrent néanmoins un agrandissement de cette fromagerie en 1870. La brasserie cessera toute activité dès 1907, suite à l'exode des moines vers l'abbaye de Watou, de l'autre côté de la frontière, et dont la brasserie est toujours l'activité.

Le fromage du Mont-de-Cats est aujourd'hui fabriqué grâce à du lait récolté dans vingt-quatre fermes des environs, puisque les moines n'ont plus d'exploitation agricole. Le fromage de Bergues date, lui, du XVe siècle, quatre siècles après la fondation de l'abbaye Saint-Winoc, qui peu de temps avant la Révolution était probablement le plus riche propriétaire de tout le pays des Flandres.

Désormais, l'influence des monastères n'est plus qu'historique. Pourtant, le succès actuel de leurs productions et les tentatives des industriels pour utiliser l'image de leur savoir-faire, montre combien leur savoir-faire et leurs traditions correspondent encore aux aspirations des consommateurs.

 

Source : LES CHAMPS DES MILLENAIRES - agriculture horizon